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Dérive ou le bateau rêve

Dérive ou le bateau rêve


Dur ce chemin se dit l'homme.

Les cailloux blessent mes pieds.

Mais ou vais-je ainsi ?

Je marche depuis trop longtemps, j'ai l'impression d'avoir bu.

Il n'en est rien, juste une impression, la boisson me serait amère à la gorge, je ne garde aucune trace à l'esprit d'une telle absorption.

Ais-je donc dormi ?

Sentiment d'oubli. Je n'ai plus de repère.
Un rire, une voix, le velours d'une peau, je ne trouve plus dans ma mémoire que ces brides d'images qui me reviennent par à coup.

Mais quel homme suis-je ? Pour marcher ainsi dans la nuit qui s'annonce.

Mais quel esprit rebelle pour me laisser partir, suivre ce songe, si réel.

Je me perds, plus de repères, je me perds.

L'on m'a pourtant parlé d'un bateau, une barque fantôme au grès des vents. On le dit ivre de rires, ivre de joie, ivre des chants des matelots, ivre de fêtes, ivre des mots qui y coulent à flots.

Mais ou donc est-il ?

La rive tout près ? Mais que diantre aucune barque à l'horizon.

Un bateau, le bateau de tous mes délires, mes dérivent qui sait.

Ohé matelots dit la chanson, Ohé du bateau mais pas d'écho.

Ce bateau serait mon obsession, la cave, la soute emplie de poison, les mots d'amour perdus, les mots d'amour enfuis, qui en larmes déchues, ont dégringolées la.

Rien à l'horizon, dirait le marin, rien, que la poussière qui brûle mes yeux.

Larmes d'enfer me dis je avec un soupir.

Mais ou vais-je ainsi, mon esprit tourbillonne.

Marmite en folie, brouet de sorcière, fumées et Valkyrie.

Je danse la fatigue est si dense, je crache la soif ardente, mais nul élixir pour apaiser mon palais.

Je cherche ma reine, celle dont mes veines pleurent encore, et démêle l'écheveau, soie et dentelles, me disait madame Javeau.

Mais ou donc est ce bateau, fumée et oripeaux, fumée est ma cervelle, qui cherche se démène, et désespère encore !

A la taverne ce soir, ivre de fatigue, l'homme savates, effondré le souffle rauque, passera la nuit sans songe, et sans espoir.

Mais ou donc est passé ce bateau ? Tournera sans fin dans sa caboche, le drôle de bonhomme, perdu au fil de ses pas.

Désespoir.

Effondré l'homme la bouche amère, cherchant ses larmes, cherchant son rêve.

A la taverne…

Madame Javeau fuit dans son esprit, et toi oh la douce, la reine de ses nuits, douce la peau de nacre sur les lèvres caresses.

Une nuit sans rêves, demain sans trêves.

Et toujours la.

Et demain toujours de fatigue et de joie, il ira ici et un peu la, le ventre tordu des poèmes non dits, les tripes à l'air, d'un bateau défendu.

Il cherchera, longue est la route.

Mais comme le dit la chanson, ohé, ohé matelots, il trouvera sans doute.

Éveil tendu, les reins fourbus, le foin, parfum de la couche enivrante, les yeux gonflés, cherchent chagrins, l'espoir perdu d'un bateau lointain.

Amer le café en ce matin brumeux ou ses pas nouveaux d'une brune journée poursuivrons son errance d'un bateau rêvé.

Son cerveau fume, l'obsession s'aggrave, mais ou donc vais-je poursuivre mes pas ? Se dit-il tout bas, mais ou donc vais-je accoster ici bas.

Mon cœur en partance cherche sans fin, l'ancre du navire, le pont accueillant, odeurs de cire, et de rimes d'antan.

Oh ma mie, ou donc es-tu partie, oh tes baisers, au réveil d'une douce journée.

Je ne suis qu'abrutis de mes songes perdus, je ne suis plus qu'un zombi pour une nuit encore.

Bateau rêve, bateau délire, bateau, bateau, bateau…

Mon dieu qu'il serait bon d'accoster, qu'il serait bon de voyager, ainsi au grès des flots.

Le vent perdrait sa détresse, sur mon visage cuit aux intempéries, le vent devient ma maîtresse, aux nuits folles et puis l'oubli.

Fatigue, lassitude, dos douleur, oh mon pauvre corps, dos fusion des pas aux pierres griffues.

Il marche tel est son destin, il marche et frappe son chagrin.

Oh ami, viens à moi.

Une buvette une nuit d'été, la bière amère, au palais m'enivrait, et le son d'une musique, flonflons désuets, en fond de rires sur ton visage éclairé.

Je t'aimais, mais je ne le disais pas, l'indifférence feinte, sur ma face de rat, je t'aimais, moi l'homme sans grâce, l'homme savates des nuits perdues.

Oh mon amour.

Je me suis égaré à ce jeu trouble de vil ami, que nulle patrie, n'a jamais retenu. Je me suis perdu et toi mon aimée, je n'ai plus que mes pas, l'illusion de ma vie.

La chanson me trahit, pas de matelot, ohé cri mon cœur, Du bateau, du bateau.

Ma belle se cache, et moi je cherche, d'un pas perdu, son rire j'efface.

Je t'aime, je t'aimais je ne sais plus.

Je t'aime dirais la chanson.

La mouette en rire me nargue, je touche la fin de mon errance, mais je ne trouve qu'un ponton abandonné, le bateau déjà reparti.

Oh dieu, pourquoi m'avoir ainsi laissé sur une route sans nuages.

Le vent furieux fouette mon visage, face à l'infini de la mer sans mirage. Je suis la tout simplement je plonge, regard, eau dans l'onde marine, je plonge d'écume et ressac.

Mon corps dérive doucement sur les flots.

Bateau, bateau, bateau, doucement mon cerveau, bateau, bateau, bateau, ma vision, mon rivage.

Je ne suis plus que qu'un voile étendu sur ces flots, un voile porteur de tous ces mots, oh toi l'aimée dont la peau sur ma peau, en caresse à laissé l'empreinte des gestes avortés. Je ne suis plus qu'esprit qui se cherche et l'oubli.

Mais cela n'est qu'un songe, ridicule, plein de failles, un songe d'hiver, ou de matin pâle, un songe douloureux qui meurtri mon cœur, en larmes et l'inondent.

La caresse du vent, point mirage, point délire, mes cheveux en broussaille, peigne et étire.

En tailleur sur la digue, notre homme se réveille, son sommeil lourd, au soleil brûlé, l'homme triste.

Il ne sait ou ses pas, vont tout bas.

Rires d'enfants dans les rues, dévalent roulent bondissent.

Je cherche des yeux l'inconnue qui fredonne et d'un regard inquiet, un sourire me donne. D'un rien notoire, je grandit et survie, ma main de brume, rejailli et se tend, arc sans flèche dont aucune morsure n'est à craindre, aujourd'hui ni demain.

Poussière pourrait être mon nom, je jailli de l'ombre, et je deviens buisson.

Homme qui es-tu ? D'où viens-tu ? Quel est ton nom ?

Homme faible qui sans fin cherche, au fil du désespoir, homme riche d'amour et de peine, homme dont la quête se nomme éternité, homme sans visage.

Je suis toi, je suis lui, je suis moi, je suis celui qui rêve d'espace, celui qui cherche l'eau le sel, les nuages, celui qui cherche.

Ohé ohé matelots, venez à moi sur les flots, ohé ohé matelots, ne m'abandonnez pas sur l'eau.

Faim de pain pleure mon corps, faim de chair hurle mon âme.

Oh peau de nacre, oh divine balade, que mes mains avides, en crises se grisent.

Je ne sais ou me mène cette drôle de balade, j'y laisse mes pas, j'erre d'un monde à l'autre, fort, mon cœur qui palpite. Je ne suis plus qu'ombre, doucement qui disserte. Ma princesse endormie, mon bateau illusion.

Qu'es-ce qu'homme quand les mots n'ont plus court.

Je voudrais être un rêve qui et sans fin m'entraîne.

Longue est la route, inutile voyage ou mes pas endormis, en cadence me portent.

Terrible est le doute, qui en moi taille à grand coup de serpette dans le vif de mon âme.

Tout est déraison, et je cherche sans fin.

Le soleil à l'horizon.

Un visage, ton visage, il est la, si beau, si doux il est le tendre mirage, qui doucement caresse l'espace d'un nuage.

Vision.

L'histoire est compliquée comme l'âme humaine, à chaque carrefour je titube et je tombe, sans trouver de mains, qui doucement se tendent, et me lève de l'ombre.

Oh soleil.

Je creuse ma tombe à chaque pas que j'erre, mon linceul de soie d'or d'argent en mille éclats illumine ma foi. Mais comme pour nous tous, tel vaut ma complainte, chaque pas de sang qui s'arrache à nous, en
larmes de plomb nous raconte la plainte d'un homme perdu.

Ainsi cette errance, dérive de chaque jour, nous portent à la frontière de l'amour.

Anne AMSR



Article ajouté le 2006-05-25 , consulté 306 fois

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